Campus IA à Fouju : un « château » de 50 milliards aux portes de Vaux-le-Vicomte
Un projet colossal de data center menace 70 hectares de terres agricoles en Seine-et-Marne, à quelques kilomètres du château de Vaux-le-Vicomte. Entre promesses de souveraineté numérique et inquiétudes écologiques, le débat s’enflamme...
C’est le plus grand projet de data center jamais envisagé en France. À Fouju, village de 600 âmes au sud-est de Melun, un consortium mené par Mistral AI, Nvidia et des fonds émiratis prévoit d’implanter le « Campus IA » : 70 hectares de bâtiments dédiés à l’intelligence artificielle, pour un investissement annoncé de 50 milliards d’euros. La sortie de terre est prévue d’ici 2028.
Un gouffre énergétique au milieu des champs
Le site, situé entre l’autoroute A5 et un futur centre pénitentiaire, est classé dans un plan de paysage intercommunal du Val d’Ancoeur. Selon un rapport de l’autorité environnementale, ses besoins électriques équivaudraient à ceux d’un réacteur nucléaire EPR — soit la consommation d’une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants. RTE, filiale d’EDF, prépare déjà un poste source XXL sur deux lignes à 400 000 volts.
Les groupes électrogènes de secours, fonctionnant au fuel, émettront des fumées. Les mégaclimatiseurs, indispensables au refroidissement des serveurs, pourraient libérer dans l’air des fluides contenant des PFAS — ces polluants dits « éternels » déjà au cœur de controverses sanitaires en Seine-et-Marne.
« Souveraineté numérique » : un argument qui coince
Le projet est présenté comme un atout pour l’indépendance technologique française. Pourtant, la concertation publique d’octobre-novembre 2025 a révélé un malaise : la présence d’acteurs étrangers (Nvidia américain, MGX émirati) et l’absence de garanties sur la localisation réelle des données interrogent ce discours. Les participants ont exigé des engagements fermes sur la sécurité des informations et la résilience des infrastructures.
Terres agricoles artificialisées en pleine crise alimentaire
Le SDRIF-E, le plan d’urbanisme régional approuvé en juin 2025, impose pourtant de diviser par trois la consommation foncière et de sanctuariser 160 000 hectares d’espaces naturels et agricoles. Le Campus IA n’étant pas classé « d’intérêt national », il est théoriquement soumis aux règles de zéro artificialisation nette (ZAN). Comment 70 hectares de labour vont-ils disparaître sans compensation équivalente ?
Biodiversité, eau, ondes : des questions en suspens
Le ru d’Andy, cours d’eau traversant le site, constitue une zone humide et une continuité écologique. Les préoccupations portent sur les prélèvements d’eau, les rejets, le risque d’inondation, mais aussi sur la pollution lumineuse et sonore. Aucune étude d’impact sanitaire sur les ondes électromagnétiques n’a été rendue publique à ce stade.
Et le château dans tout ça ?
À quelques kilomètres, le château de Vaux-le-Vicomte attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs. L’impact visuel, la pollution atmosphérique et la pression sur les réseaux (routes, eau, électricité) d’un tel complexe industriel aux portes d’un joyau du patrimoine français interrogent les équilibres territoriaux du secteur.
Le projet est entré dans une phase d’instruction administrative. L’enquête publique, qui permettra aux habitants de s’exprimer, n’est pas encore ouverte.