Déchets : Le nouveau contrat à 1,3 milliard du SIETREM piège-t-il l’avenir ?
C’est signé. L’usine d’incinération de déchets ménagers de Saint-Thibault-des-Vignes sera reconstruite par l’entreprise Paprec pour une ouverture en 2031 (1). Coût de l’opération : 1,3 milliard d’euros sur 26 ans. Mais derrière les promesses de modernisation, une contradiction majeure émerge : alors que la loi impose de réduire nos déchets, l’usine est calibrée pour en brûler beaucoup plus. Enquête sur un pari industriel à risque.
Les chiffres donnent le tournis. L’actuelle usine et ses deux incinérateurs traite 155 000 tonnes de déchets par an. La nouvelle en avalera 215 000 (+38 %) (2). Une augmentation de capacité qui interroge à l’heure où la réglementation et le bon sens commandent de réduire nos poubelles.
Pour rentabiliser cet outil surdimensionné, le SIETREM devra donc aller chercher des « tonnages extérieurs » (3). La crainte des riverains et de l’association Coteau et Vallée de la Marne est simple : Saint-Thibault-des-Vignes risque-t-elle de devenir la poubelle des déchets de toute la région, avec son lot de camions supplémentaires ?
L’ombre de la « garantie de tonnage »
C’est le point le plus opaque du dossier. Les contrats de ce type incluent fréquemment une clause de « pay-or-take ». Le principe ? La collectivité s’engage à fournir un volume minimum de déchets pour garantir la rentabilité du four (4). Si c’était le cas ici, le piège financier est redoutable. Si les habitants trient mieux et réduisent leurs déchets, le syndicat devra payer des pénalités pour « manque à brûler ». Une « taxe à la vertu » écologique qui pourrait finir, in fine, sur la feuille d’impôts des locaux.
Une autre voie possible : l’exemple de Lunel-Viel
Ce scénario n’est pourtant pas une fatalité. En 2022, le syndicat de Lunel-Viel (Hérault) a prouvé qu’une autre voie était possible en imposant à son opérateur une réduction de la capacité de l’usine pour forcer la baisse des déchets (5). Pourquoi le SIETREM et les élus locaux ont-ils opté pour la logique inverse, figeant une solution de « surcapacité » jusqu’en 2051 ?
Un chèque en blanc pour 2051 ?
Signer pour 26 ans dans un secteur en pleine mutation technologique relève du pari. En 1999, le tri sélectif balbutiait. Que sera la gestion des déchets en 2051 ? En verrouillant une technologie et un volume sur 26 ans, le territoire s’expose au risque de créer ce que la Cour des comptes qualifie, dans ses analyses des délégations de service public, de « rente de situation » pour l’opérateur (6).
Alors que le contrat vient d’être notifié, une question demeure : existe-t-il des portes de sortie ou des clauses de révision si la politique de réduction des déchets porte ses fruits ?
Sources
(1) Communiqué Paprec, 18 nov. 2025 ; avis d’attribution marché public n°2024-10245, France Marchés.
(2) Déclaration d’intention SIETREM, déc. 2023 : 155 000 t/an actuellement → 215 000 t/an projeté.
(3) Idem : « traitement des tonnages extérieurs pour optimiser l’outil »
(4) L’association Coteau et Vallée de la Marne a demandé communication du contrat. Son examen est en cours, nous vous tiendrons informé de ses résultats.
(5) https://www.lemoniteur.fr/photo/suez-engage-dans-un-contrat-d-exploitation-d-uve-unique-en-france.2270571 ; et analyse Actu-Environnement, 8 octobre 2024 : https://www.actu-environnement.com/ae/news/exploitation-uve-lunel-viel-delegataire-interesse-a-baisse-des-tonnages-dechets-residuels-44810.php4
(6) Expression utilisée dans les analyses économiques du secteur des déchets ; voir rapport Cour des comptes 2023 sur les délégations de service public.
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Cet article repose sur des données publiques et des interrogations légitimes. Les entités mentionnées disposent d’un droit de réponse, que la rédaction s’engage à publier.