Eau potable à Marne-la-Vallée : une infrastructure critique sur la ligne de crue
Les inondations qui touchent la Gironde et les Landes rappellent une réalité : le risque hydrologique s’intensifie partout en France. En Île-de-France, où la dernière crue centennale date de 1910, certaines infrastructures critiques méritent attention. À commencer par l’usine d’eau potable d’Annet-sur-Marne, qui alimente 600 000 habitants de Marne-la-Vallée.
L’usine d’Annet-sur-Marne, exploitée par Veolia et placée depuis le 1er janvier 2026 sous la gouvernance de la SEM « Eau, Énergie et Solutions » (1), puise ses eaux dans la Marne. Elle dessert une grande partie de Marne-la-Vallée et l’aéroport Roissy-CDG.
La cartographie de l’Institut Paris Région (2) place le site à proximité immédiate de la zone inondable historique (en bleu). Elle relève également de la « zone de fragilité des réseaux » (en rose), qui recense les territoires où les infrastructures peuvent être potentiellement affectées par défaillance des réseaux dépendants – électricité, routes – même sans submersion directe.
La fragilité des réseaux
En janvier 1910, la Marne avait dépassé de 4,50 mètres son niveau habituel à Annet-sur-Marne. La RD 404, où se trouve l’usine, était alors impraticable. Quatre usines de banlieue avaient été mises hors service. L’approvisionnement s’était fait par des moyens de fortune.
Aujourd’hui, la concentration de l’essentiel de l’approvisionnement sur une seule infrastructure riveraine de la Marne interroge la résilience du territoire. L’OCDE estime qu’une crue équivalente à celle de 1910 pourrait affecter 5 millions d’abonnés en périphérie de Paris (4). L’exercice HYDROS 25, organisé par la préfecture de police en octobre 2025, a évalué ce scénario : 630 000 Franciliens en zone inondable, près d’un million en zone de fragilité des réseaux (5).
Des informations à clarifier
L’usine fait l’objet d’une modernisation (14 M€, 2025-2028) visant à augmenter sa capacité de 15%. Le Plan de Prévention des Risques d’Inondation de la Vallée de la Marne (4) impose que les installations soient implantées au-dessus des plus hautes eaux connues ou conçues pour garantir leur étanchéité. Cependant, les détails de conformité de l’usine avec ces exigences n’ont pas été rendus publics.
L’association Coteau et Vallée de la Marne a donc saisi les trois députés du territoire – Ersilia Soudais, Arnaud Bonnet et Maxime Laisney – afin qu’ils sollicitent les autorités compétentes concernant cette question et l’éventuelle existence d’un plan de continuité d’activité garantissant l’approvisionnement en eau potable des 600 000 habitants en cas d’arrêt de l’usine.
Alors que les événements climatiques extrêmes se multiplient, la transparence sur la protection des infrastructures critiques, des réseaux et de la continuité du service public constitue un enjeu démocratique.
Sources : (1) Communiqué Veolia ; (2) Cartoviz Institut Paris Region ; (3) Crue 1910 ; (4) PPRI et OCDE ; (5) Exercice HYDROS 25.
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Cet article repose sur des données publiques et des interrogations légitimes. Les entités mentionnées disposent d’un droit de réponse, que la rédaction s’engage à publier.