Gondoire et polluants éternels, des pistes...
Dans un précédent article (1), nous nous interrogions sur les origines de la pollution de la Gondoire par les PFAS, également surnommés « polluants éternels » (2). Aujourd’hui, de nouvelles informations offrent des pistes intéressantes.
Une première piste
L’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) du Sietrem, qui incinère les déchets ménagers depuis 1985, constitue une première piste (3). Ses fours, notamment le premier jugé obsolète et le second souffrant de défauts de conception, sont censés être remplacés à partir de 2028 (4). Le problème ? Ils incinèrent les déchets à des températures inférieures à la plage 1300-1400°C (5), recommandée par l’Institut National de l’Environnement et des RISques (INERIS) pour une destruction efficace des PFAS.
Lors de la mise en service de l’UVE du Sietrem, 100 % des déchets étaient incinérés. Aujourd’hui encore, malgré les efforts de tri, 44 % des déchets (6), parfois imprégnés de PFAS, le sont toujours. Ces polluants persistants peuvent ainsi se retrouver dans les rejets atmosphériques, constituant une source probable de pollution de la Gondoire.
Un incendie majeur en juillet 2019 au centre de tri du Sietrem (7), ayant consumé des matériaux potentiellement contaminés par des polluants éternels, pourrait être lui, bien qu’aucune étude officielle ne le confirme, à l’origine d’un pic de pollution de la Gondoire à 365 ng/l de PFAS relevé en octobre 2019.
Une autre piste
La STation d’ÉPuration (STEP) du Siam à Saint-Thibault-des-Vignes, qui traite les eaux usées de 350 000 habitants, incinère, depuis 2013, une partie des boues issues de la décantation des eaux usées. Ces boues sont connues pour concentrer les PFAS, or la température d’incinération du Siam est, elle aussi, inférieure à la plage 1300-1400°C préconisée. Cet incinérateur est donc une autre source probable d’émissions de PFAS dans l’atmosphère et de pollution de la Gondoire.
Des interrogations
Les PFAS, surnommés « polluants éternels », sont utilisés depuis les années 1950, cependant leur impact environnemental et sanitaire (8) n’a été sérieusement étudié en Europe qu’à partir des années 2000. À ce jour, aucune réglementation n’exige la mesure ou la capture des émissions de PFAS à la sortie des incinérateurs. L’obligation de mesure n’entrera progressivement en vigueur qu’en 2026, selon un plan d’action interministériel (9).
Face à la persistance et la bioaccumulation des PFAS, vraisemblablement depuis 1985, de nombreuses questions subsistent : quelle est l’étendue réelle de la pollution autour de ces sites ? Quels sont les impacts sur l’environnement (sédiments, air, sols, cultures, nappes phréatiques) et les aires de loisirs voisins comme la Plage de Torcy ou le Stade nautique olympique de Vaires-sur-Marne ? Et surtout, quelles conséquences pour la santé des riverains ?
Des actions nécessaires
L’association Coteau et Vallée de la Marne propose des mesures urgentes :
– Cartographier les sources de PFAS dans un rayon de 1 500 mètres autour de la Gondoire.
– Réaliser des prélèvements et analyses des dépôts atmosphériques dans les zones sensibles.
– Étudier l’imprégnation des populations riveraines.
– Publier les données de surveillance des émissions industrielles de PFAS et instaurer un comité de suivi citoyen.
L’objectif d’un « zéro rejet de PFAS »
L’objectif de « zéro rejet de PFAS » est considéré comme une priorité. La modernisation de l’UVE du Sietrem offre une occasion d’intégrer des technologies permettant d’atteindre les températures requises pour une destruction complète des PFAS, conformément aux recommandations de l’INERIS.
Dans cette optique, une mutualisation des installations entre le Sietrem et le Siam pourrait être envisagée. Cette collaboration permettrait au Siam d’utiliser les futurs fours du Sietrem pour l’incinération de ses boues, dans la mesure où son propre incinérateur ne parvient pas à atteindre cet objectif. Une telle synergie renforcerait l’efficacité des équipements tout en optimisant les ressources disponibles pour atteindre les exigences environnementales.
Cet article repose sur des données publiques et des interrogations légitimes. Les entités mentionnées disposent d’un droit de réponse, que la rédaction s’engage à publier.
(1) https://ntvnews.fr/?La-Gondoire-et-les-PFAS-un-defi-sanitaire-et-environnemental
(2) Per- et polyfluoroalkylées
(3) Historique du Sietrem https://web.archive.org/web/20221003182707/http://www.sietrem.fr/Presentation/historique.html
Les communes adhérentes au Sietrem
https://www.sietrem.fr/nous-valorisons-votre-geste/qui-sommes-nous/le-sietrem/
(4) https://actu.fr/ile-de-france/saint-thibault-des-vignes_77438/seine-et-marne-les-fours-du-sietrem-seront-bientot-en-travaux_60811007.html
(5) https://www.ineris.fr/fr/etude-bibliographique-thermodegradation-pfas
(6) Incluant des textiles, emballages et papiers
https://www.sietrem.fr/wp-content/uploads/2025/04/SIETREM_MAG_11-AVRIL-2025-internet.pdf
(7) https://actu.fr/ile-de-france/saint-thibault-des-vignes_77438/saint-thibault-vignes-enorme-incendie-centre-tri-sietrem_25838313.html
(8) Les problèmes de santé liés aux PFAS comprennent :
• Taux de cholestérol élevé, obésité
• Diminution de la réponse des anticorps, affectant la réaction aux vaccins
• Faible poids à la naissance chez les nourrissons
• Maladies de la thyroïde
• Cancer du rein
• Cancer des testicules
• Changements dans la fonction hépatique, effets immunotoxiques
Hypertension artérielle pendant la grossesse
https://www.anses.fr/fr/content/pfas-substances-chimiques-persistantes
(9) https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050479313