PFAS : Le gouvernement réagit enfin, mais qu’en est-il des boues du SIAM 77 ?
Le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a annoncé le 9 avril 2026 la préparation d’une circulaire encadrant la gestion des boues d’épuration. Une avancée salutaire, alors que des situations critiques émergent dans les Ardennes et la Meuse : des boues industrielles épandues pendant des décennies y ont contaminé les sols en PFAS, ces « polluants éternels » qui ne se dégradent jamais. Conséquence ?
Les PFAS (per- et polyfluoroalkylés) s’accumulent dans l’organisme sans limite. Ils sont associés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) à des troubles thyroïdiens, des effets sur le foie, des baisses de fertilité et des cancers. Les consommateurs ingèrent ces substances via l’eau, les aliments cultivés sur des sols contaminés, ou les produits d’origine animale nourris avec des cultures issues de terres polluées. Les agriculteurs eux-mêmes sont exposés par contact direct avec les sols et l’inhalation de poussières lors des travaux.
La circulaire prévoit désormais d’imposer aux industriels la mesure et la quantification des PFAS dans leurs boues. Si un seuil (encore à définir) est dépassé, les boues devront être incinérées ou mises en décharge. C’est un pas en avant, même si le ministre lui-même appelle à « rester extrêmement humble ».
Cette annonce résonne en Seine-et-Marne. Pendant près de vingt ans, le Syndicat Intercommunal d’Assainissement de Marne-la-Vallée (SIAM 77) a fourni des boues d’épuration à des agriculteurs locaux, dans le cadre d’une pratique alors courante et légale. En 2013 seulement, ce sont plus de 14 000 tonnes répandues sur 760 hectares. Un arrêté préfectoral de 2019 fait état de 58 communes concernées, pour une superficie totale de 4 710 hectares. À l’époque, aucune réglementation n’imposait la mesure des PFAS dans ces boues — le SIAM 77 respectait les normes en vigueur, qui portaient sur d’autres polluants (métaux lourds, hydrocarbures).
Le syndicat a depuis amorcé une transition vers l’incinération et la méthanisation, et affirme avoir cessé définitivement l’épandage en septembre 2025. Cependant, une question demeure : aucune cartographie publique ne permet aujourd’hui de savoir précisément quelles parcelles ont reçu ces boues au cours des deux décennies précédentes. Les registres parcellaires et rapports d’analyses existent, mais aucun inventaire accessible aux citoyens n’a été établi.
Face à ce constat, l’association Coteau et Vallée de la Marne a adressé un courrier à l’ensemble des députés de Seine-et-Marne. Elle y demande que l’État et les collectivités s’appuient sur la traçabilité existante pour financer une campagne d’analyses de sols ciblée sur les zones historiquement épandues. L’objectif : lever l’incertitude sur la qualité de nos terres, dans un souci de transparence et de santé publique, sans présumer de contamination avérée.
La circulaire annoncée par le gouvernement est un premier pas national. Pour notre territoire, il s’agit désormais d’obtenir une transparence géographique sur les zones concernées et, le cas échéant, des analyses pour évaluer la présence éventuelle de ces polluants. Les habitants et agriculteurs seine-et-marnais méritent de connaître l’historique de leurs sols afin de protéger leur santé et celle des générations futures.
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Cet article repose sur des données publiques et des interrogations légitimes. Les entités mentionnées disposent d’un droit de réponse, que la rédaction s’engage à publier.