PFAS et boues d’épuration : quelles traces dans les sols de Seine-et-Marne ?
Une enquête de France 3 a récemment mis en lumière la contamination des sols agricoles par les « polluants éternels » (PFAS) dans la région lyonnaise. Ce signal d’alarme résonne jusqu’en Seine-et-Marne, où le recours historique aux boues d’épuration pour fertiliser les champs pose aujourd’hui question.
Pendant près de vingt ans, le Syndicat Intercommunal d’Assainissement de Marne-la-Vallée (SIAM 77) a fourni des boues issues du traitement des eaux usées à des agriculteurs seine-et-marnais. Durant cette période, l’existence même des PFAS était ingnorée et l’on considérait ce procédé comme une solution de fertilisation naturelle. Il a représenté des volumes considérables : pour la seule année 2013, ce sont plus de 14 000 tonnes de boues qui ont été répandues sur 760 hectares de cultures. Un arrêté préfectoral d’Aout 2019 (*) fait état de 58 communes concernées pour une superficie de 4710 hectares.
Si le syndicat a amorcé un virage vers l’incinération puis la méthanisation, la pratique n’a pas totalement disparu. En 2022, environ 28 % des boues (soit près de 1 600 tonnes) auraient encore été épandues directement sur les sols. Elle n’aurait définitivement cessée qu’en septembre 2025, selon les propos du syndicat rapporté par le media Reporterre.
Le « trou noir » de la réglementation
Le SIAM 77 affirme avoir opéré une surveillance rigoureuse, avec des contrôles souvent plus stricts que les seuils légaux. Cependant, un angle mort subsiste : la loi n’impose aucune analyse des PFAS dans les boues de stations d’épuration. Les contrôles historiques se concentraient sur les polluants dits « classiques », tels que les métaux lourds ou les hydrocarbures (HAP).
Pourtant, le consensus scientifique international est de plus en plus formel : les boues urbaines contiennent quasi systématiquement ces substances chimiques, issues de nos produits du quotidien (cosmétiques, poêles antiadhésives, textiles imperméables). Lors du traitement des eaux, ces polluants auraient tendance à se concentrer dans les boues, celles-là mêmes qui finissent dans nos champs.
Un besoin de transparence pour l’avenir
Le problème de ces « polluants éternels » réside dans leur nature même : ils ne se dégradent pas et s’accumulent silencieusement dans l’environnement. Pourtant, à ce jour, il n’existe aucune cartographie publique permettant de savoir précisément quelles parcelles ont reçu ces substances au cours des vingt dernières années.
Face à ce constat, l’association Coteau et Vallée de la Marne dénonce un défaut de transparence : si les registres parcellaires et les rapports d’analyses existent et permettent théoriquement de tracer les épandages, aucun inventaire public n’est accessible aux citoyens ni aux agriculteurs concernés.
Pour l’association, ces archives doivent désormais servir de base à des analyses de sols ciblées, afin de lever l’incertitude sur la qualité de nos terres nourricières.
Pour porter ce combat, l’association s’est officiellement adressée à l’ensemble des députés de Seine-et-Marne « il est impératif que l’État et les collectivités s’appuient sur la traçabilité existante pour financer et organiser une campagne d’analyses de sols ciblée sur les zones historiquement épandues » leur écrit-elle. Elle les appelle à soutenir cette démarche de transparence.
Références :
Reporterre
(*) Arrête prefectoral Projet d’épandage agricole
SIAM 77, site officiel, archives 2015-2024 (web.archive.org)
Rapports d’activité SIAM 77, données 2015-2022
Loi n° 2025-198 du 27 février 2025 visant à protéger la population de la dangerosité des PFAS
Arrêté préfectoral n° 2022-35/DCSE/BPE/IC du 19 juillet 2022, autorisant l’unité de méthanisation et incinération du SIAM 77
France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, « Enquête PFAS dans l’agriculture : révélations sur la contamination des champs par les déchets industriels »
Carte interactive
https://www.lagazettedescommunes.com/1027000/pfas-dans-les-boues-depuration-une-bombe-sanitaire-pour-les-sols-et-leau/
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Cet article repose sur des données publiques et des interrogations légitimes. Les entités mentionnées disposent d’un droit de réponse, que la rédaction s’engage à publier.