Un projet d’alliance stratégique pour éradiquer les « polluants éternels »
« Zéro PFAS rejetés » est l’objectif ambitieux que l’association citoyenne Côteau & Vallée de la Marne propose au Syndicat Intercommunal d’Assainissement de la Marne (SIAM) et au Syndicat Mixte pour l’Enlèvement et le Traitement des Résidus Ménagers (SIETREM) à Saint-Thibault-des-Vignes. Cette initiative incite ces deux acteurs majeurs de la gestion des déchets en Seine-et-Marne à unir leurs forces dans une collaboration novatrice, afin de s’attaquer à la problématique croissante des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), également désignées sous le terme de « polluants éternels ».
L’initiative de l’association repose sur un constat préoccupant : les méthodes actuelles de traitement des déchets des deux syndicats ne sont pas en mesure d’éliminer efficacement les PFAS.
Le SIAM traite les boues d’épuration des eaux usées par méthanisation, les incinère ensuite à une température de 850°C. Or, la biodégradation concentre les PFAS dans le résidu (1) de méthanisation et selon l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS), la température de 850 °C est insuffisante pour les détruire. Pire, elle pourrait entraîner la formation de composés fluorés encore plus dangereux et volatils (2).
De son côté, le SIETREM exploite des incinérateurs d’ordures ménagères datant de 1985 et 1995, conçus bien avant que la menace des PFAS ne soit pleinement comprise vers les années 2000 et étudiées en 2024-2025. Les températures de combustion des déchets ménagers utilisées par le Sietrem sont également jugées trop basses, 1000° C, avec les mêmes conséquences que pour le Siam.
Une synergie pour une destruction à très haute température
La solution avancée par Côteau&Vallée de la Marne consisterait à mutualiser les moyens, en profitant du projet de modernisation et de l’accroissement des capacités de l’unité de valorisation énergétique du SIETREM. L’idée est d’y traiter non seulement les déchets ménagers du Syndicat, mais aussi ceux d’autres syndicats d’Île-de-France et, les 3 000 tonnes de boues annuelles du SIAM.
Cette future installation serait conçue pour atteindre des températures de combustion avoisinant les 1400°C (3), comme l’indique les études de l’INERIS, pour assurer une minéralisation complète des PFAS, prévenant ainsi leur dissémination dans l’environnement.
Vers une réglementation plus stricte
Cette proposition intervient dans un contexte réglementaire en pleine évolution. Un arrêté gouvernemental pris fin 2024 rendra obligatoire la mesure des PFAS dans les fumées des incinérateurs lors d’une campagne de mesures nationale prévue pour s’étaler de mi-2025 à fin 2027 (4), ce qui accentue la pression sur les opérateurs pour trouver des solutions de traitement efficaces.
Bien que le projet d’alliance stratégique n’en soit qu’au stade de la proposition citoyenne, il met en lumière une problématique environnementale et sanitaire majeure et souligne la nécessité d’investir dans des technologies de pointe pour lutter contre les « polluants éternels ».
La modernisation de l’U.V.E du SIETREM pourrait représenter une opportunité pour le territoire de devenir un pionnier dans ce domaine. Cette vision ambitieuse nécessitera des ajustements réglementaires et des investissements significatifs. Faisant œuvre de salubrité publique, elle pourrait être en partie prise en charge par l’Etat, préfigurant ainsi une filière nationale d’élimination des PFAS.
C’est une occasion unique de bâtir un avenir plus sûr et un environnement assaini pour tous, à condition que la collaboration SIETREM-SIAM et l’intégration des très hautes températures de traitement soient officiellement étudiées et mises en œuvre.
Dans un courrier daté du 3 septembre dernier, le président du SIETREM, Christian Robache, a répondu à l’association Coteau et Vallée de la Marne. Voici l’essentiel de son contenu...
Dans ce courrier Christian Robache précise :« ... Les études de l’INERIS ne permettent pas d’attester avec certitude de la température d’incinération permettant la minéralisation des PFAS. Toutefois, il faut avoir conscience que la température atteinte au cœur du foyer de l’UVE est régulièrement supérieure à 1000°C, ce qui a pour conséquence la minéralisation d’une majorité des PFAS (à l’exception du CF4 tel qu’indiqué dans le rapport de I’INERIS) ».
A propos de l’appel d’offre concernant le renouvellement de la DSP de l’UVE, il poursuit « ...compte tenu du calendrier de la procédure, des incertitudes actuelles sur les équipements permettant un traitement efficace des PFAS et du manque de retour d’expérience sur ce sujet, il était prématuré d’imposer de telles températures d’incinération aux candidats au renouvellement de la DSP de l’UVE. ». Il précise que « ...Le SIETREM reste cependant à l’écoute des évolutions des techniques de traitement de ces composés, que ce soit sur la température de combustion, ou même les équipements de traitement des fumées. »
S’agissant des échanges avec le SIAM, le président du SIETREM indique « ...qu’ils sont actifs depuis plusieurs années en prenant la forme de collaboration, d’échanges techniques ou encore de mutualisation de compétences. De plus, le SIETREM a amorcé des discussions avec le SIAM depuis plusieurs mois dans une optique de coopération intégrant plusieurs sujets dont celui de l’incinération des boues. Une réunion technique entre les deux structures s’est tenue en présence des élus, des délégataires de chaque entité et des équipes techniques et administratives, afin d’examiner les possibilités de traitement coordonné des boues ou des effluents concernés. »
Toutefois, concernant la mutualisation SIAM-SIETREM, il précise que « ...au regard du calendrier de la procédure et en l’absence d’étude plus poussée, cette problématique n’a pas été intégrée au cahier des charges de la consultation. »
Il conclue en indiquant « la pollution qui a été détectée il y a quelques temps, dans le ru de la Gondoire, qui est fort dommageable, ne saurait être attribuée sans preuve aux installations du SIETREM ou du SIAM, qui par ailleurs, se situent à près de 2 km du ru. Il semble donc prématuré d’affirmer que ces installations puissent avoir de telles conséquences au niveau du ru de la Gondoire. » et indique que le SIETREM est « tout à fait disposés à apporter notre contribution dans l’enquête qui pourra être menée afin de déterminer l’origine de cette pollution. » et invite l’association à venir « échanger sur ce sujet ».
Voici les principaux éléments de la lettre du Siam, datée du 23 septembre, en réponse au courrier de l’association Coteau et Vallée de la Marne.
Le Siam affirme par la voix de son Président, Jacques DELPORTE, que son dispositif de traitement des effluents rejetés gazeux est « conforme aux Valeurs Limites d’Emission, et que l’ensemble des rapports d’émission sont remis mensuellement en toute transparence à la DRIEAT ».
Il souligne que « l’ensemble des installations de l’usine de traitement de St Thibault des Vignes font l’objet d’un suivi par des organismes indépendants de contrôle (Apave, Veritas) pour le contrôle périodique des installations ».
Sur le processus d’incinération des boues, il poursuit en déclarant : « nous pouvons nous accorder à dire que la compréhension actuelle du devenir des PFAS lors de l’incinération est limitée » et admet que le consensus scientifique présente des lacunes méthodologiques, que les taux de destruction sont « peu précis » et que les concentrations de polluants sont « certainement sous-estimées ».
Il reconnait que le processus de combustion peut être qualifié d’« incomplet » concernant les perfluorés et que des sous-produits (PICs) difficilement mesurables peuvent être émis.
Suit une série de mesures de précaution et d’actions concrètes déjà en place
– Absence d’épandage des digestats : Le SIAM rassure immédiatement en précisant que « l’épandage des digestats de l’usine [...] n’est pas mis en œuvre », dissipant ainsi une inquiétude légitime de l’association.
– Gestion rigoureuse des résidus dangereux : Le délégataire MARNEO a choisi de traiter « l’intégralité des déchets post combustion à savoir, les cendres et refibs dans les structures en mesure d’accueillir les déchets dangereux de classe 1 ». Cela montre une gestion prudente des sous-produits les plus risqués.
– Respect strict des réglementations en vigueur : Le SIAM souligne que son installation est conforme aux réglementations les plus récentes (Directive IED, BREF Incinération) depuis le 4 décembre 2023.
– Suivi par des organismes indépendants : L’ensemble des installations de l’usine fait l’objet d’un suivi régulier par des organismes de contrôle indépendants comme Apave ou Veritas.
Jacques Delporte informe l’association que « le SIAM engage une démarche proactive et s’engage pour l’avenir par le lancement d’une étude sur les rejets gazeux ». De manière très significative, le SIAM informe que son exploitant a sollicité la société Ginger dès le 28 juin 2025 pour effectuer des analyses des effluents gazeux de l’incinérateur.
Il anticipation la réglementation sur l’eau. Le SIAM précise qu’il n’a pas attendu l’arrêté du 3 septembre 2025 pour agir et qu’il avait déjà anticipé la campagne d’analyses des PFAS dans les eaux, qui débutera en décembre 2025.
Il confirme que des « échanges constructifs sont en cours avec le SIETREM pour évaluer les possibilités de mutualisation ». Il va même plus loin en précisant que l’objectif est de « développer une filière de traitement plus complète et robuste pour l’ensemble des résidus solides », ce qui rejoint directement la proposition de l’association.
En conclusion, le président du SIAM déclare partager « pleinement » les préoccupations de l’association, en parlant d’échanges pour « développer une filière de traitement plus complète et robuste pour l’ensemble des résidus solides ».
Pour appuyer la proposition :
https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/elimination-pfas-rejets-uve-sietrem/244159
(1) https://pubs.rsc.org/en/content/articlehtml/2023/va/d3va00031a
(2) https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/Ineris-230729-2825564-RAP-SIT06-op%C3%A9B-PFAS-oxydation-eau-supercritique%20v1.pdf?hl=fr-FR
(3) https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/2024_Ineris_PFAS_rejets-atmos-incineration_JT-Axelera_1124.pdf
(4) https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050479313?hl=fr-FR
Des avis...
21 juillet 2025, 16:07, par Anselmo
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